Du Temps à… la Présence
Dans son ouvrage “Le pouvoir du moment présent”, Eckart Tolle règle son compte au Temps. Exercice difficile qui place au centre de la réflexion cet autre pouvoir qui est celui du mental, siège de toutes les peurs, des doutes, de la culpabilité et de la dévalorisation de soi.

Notre monde reflète l’incessante fragmentation du mental où chacun vit dans un état d’apparente division, à l’intérieur de soi comme dans un système social et économique déraisonnablement complexe, où foisonnent perpétuellement problèmes et conflits. S’identifier au mental, c’est être prisonnier du temps et une compulsion incite à vivre presque exclusivement en fonction de la mémoire et de l’anticipation.

Mais sans le sens du temps, pourrions-nous fonctionner ? Il n’y aurait plus d’objectif à atteindre et on frémit à l’idée de perdre ses repères puisque c’est notre passé qui fait ce que nous sommes aujourd’hui...

Tout ceci n’est qu’illusion. La seule réalité est l’éternel présent, véritable creuset au sein duquel toute vie se déroule, le seul facteur constant. La vie c’est “ici et maintenant”. D’ailleurs, n’y a-t-il jamais eu un moment où votre vie ne se déroulait pas “maintenant” ?

Ce que l’on considère comme le passé n’est autre que le souvenir d’un ancien moment présent mis en mémoire dans l’esprit. Lorsque l’on se souvient du passé, on ravive en fait une mémoire. Le futur est un “présent imaginé”, une projection du mental. Quand le futur arrive, c’est toujours sous la forme du présent.

A l’instar de la lune qui n’émet pas sa propre lumière, passé et futur ne sont que des reflets de la lumière, du pouvoir et de la réalité du présent. Pour saisir l’essence de ce mécanisme qui remonte à la nuit des temps, il importe surtout de ne pas se saisir du mental mais laisser opérer ce basculement de la conscience, du mental à l’Etre, du temps à la “Présence”. Dans certaines circonstances, on a pu vivre ce basculement de la conscience naturellement. La personnalité avec son passé et son futur, s’est effacée temporairement devant une intense et consciente présence, à la fois très sereine et dynamique. C’est l’instant où se manifeste l’éternel présent. L’ego n’étant plus alimenté par le mental, il a cessé d’investir inconsciemment dans la souffrance.

Les maîtres spirituels de toutes les traditions ont toujours fait de l’instant présent la clé d’accès à la dimension spirituelle. Leur enseignement prend exemple au langage des fleurs qui ne se préoccupent pas du lendemain mais vivent le présent comme un don, recevant en abondance du Créateur ce dont elles ont besoin. Néanmoins, la nature radicale de ces voies de sagesse ne suffit pas à leur reconnaissance. Elles doivent nécessairement être vécues individuellement pour pouvoir engendrer une profonde transformation intérieure. L’essence même de la philosophie zen consiste à être si totalement et complètement présent qu’aucune souffrance, rien qui ne soit pas vous en essence, ne puisse survivre en vous. La souffrance a besoin du temps ; elle ne peut survivre dans le présent, instant-roi.

L’instant présent est une énergie qui se dilate et se contracte, un inspir et un expir dans la trame de l’univers, unique point de référence qui puisse transporter au-delà des frontières limitées du mental. Il est pour Tollé “le seul point d’accès au royaume intemporel et sans forme de l’Etre”.

Prendre conscience de cela est un premier pas vers la libération, le retour à l’état d’unité et de plénitude avec le Divin.

Marc J. PANTALACCI

(Tous droits réservés Univers-Spirale © – Eté 2001)

"Mieux vaut allumer une bougie que maudir les ténèbres."
Lao Tseu