Le génome est vu comme le coeur de notre nature, déterminant autant notre individualité que l'identité de notre espèce. Suivant cette vision, le génome est vu comme la véritable essence de la nature humaine, une “version scientifique” de l'âme...En plaçant tous nos espoirs (et toutes nos craintes) dans nos gènes, nous alimentons le rêve que le génome humain contienne le dernier mot sur la nature humaine. Nous voulons croire qu'une fois le génome humain décodé, nous aurons, enfin, toutes les réponses.
Mais ces espoirs sont une illusion. Et une illusion dangereuse. Parce qu'à trop se concentrer sur le décodage et la compréhension des gènes, nous en oublions de nous interroger sur l'influence du “reste”, ce qui anime toute chose, le Principe Créateur et les lois qu’il régit et que la Tradition a depuis toujours mis en évidence. Au-delà des espoirs et des craintes, la passion du génome révèle surtout une préoccupante réduction de l'humain, à croire qu'un seul livre, fut-il “de la vie”, suffit à le comprendre.
Le propre de l'homme ne tient pas au seul nombre de ses gènes, puisque nous n'en avons pas beaucoup plus qu'un ver de terre, et moins qu'un grain de riz. C'est la qualité, et surtout la complexité, des combinaisons entre nos gènes et les protéines qui leur sont liées qui font les êtres humains ce qu'ils sont. “Ceux qui fantasmaient déjà sur la découverte d'un gène unique “de l'intelligence”, de l’homosexualité ou de la beauté risquent d’en être pour leurs frais!”, soulignait Patrick Sabatier dans Libération.
Contrairement à une forme d'idéologie du “ tout biologique” véhiculée depuis plusieurs années, la nouvelle cartographie génétique met en évidence qu’il n'y a pas de “ bons” ni de “mauvais” gènes. Pour cette simple raison, il faut imaginer, de manière plus complexe, des réseaux d'un autre ordre qui restent à identifier et à comprendre. Réseaux dans lesquels les gènes ne seraient plus la clé de voûte de l'organisation du vivant. En d'autres termes, les derniers résultats des programmes de décryptage réduisent, de manière paradoxale, la part qui revient aux gènes dans la lecture et la compréhension des pathologies ainsi que dans la compréhension et l'explication du comportement.
“Les généticiens sont désormais confrontés à un véritable problème. Non seulement le nombre de gènes humains n'est pas élevé mais beaucoup sont identiques à ceux retrouvés dans d'autres espèces, y compris ceux du développement, explique Pierre Sanigo (Institut Cochin de biologie moléculaire, Paris). Dans un autre domaine, on voit bien que le séquençage du VIH, réussi en 1985, n’a pas donné la solution pour combattre le sida. Il faut donc impérativement, pour comprendre, élargir les investigations, s'intéresser aux conditions de développement, à l'ADN répétitif, à l'écologie cellulaire, aux grands équilibres vibratoires.
Les gènes ne fourniront pas, à eux seuls, les futurs remèdes aux maladies, comme d’aucuns l’on prétendu un peu hâtivement. Conclusion d'un mémorable feuilleton médiatico-scientifique, cette annonce met surtout en lumière les contradictions de nos sociétés dans leurs attentes face à la science matérialiste. Entretenus par les promesses d'une corporation scientifique en mal de crédit(s), les espoirs suscités par la connaissance du génome sont considérables. Aux côtés des espoirs populaires, légitimes, galope aussi une panique croissante face à la “marchandisation” supposée de l'humain que représente le dépôt de brevets sur les découvertes à venir.
L’aventure scientifique du décryptage du génome humain est une bataille dont les enjeux sont non seulement de prestige mais aussi de pouvoir et d'argent. Les polémiques entre le Projet génome humain, Consortium public et international de recherche, et Celera Genomics, société privée américaine vouée au profit, est symptomatique de l'émergence d'un monde dans lequel les "sciences de la vie", l'industrie des biotechnologies et le secteur de la santé pèseront de plus en plus lourd.
La fascination sans limite que suscite le “décodage” des quelque 30.000 gènes, illustre à quel point la biologie imprègne aujourd'hui les consciences. A l'heure où l'horizon individuel se borne souvent à l'obsession du ventre plat et de la poitrine inflationniste, cette focalisation sur le gène, microscopique figure du corps triomphant, montre comment s'est imposé une vision appauvrie - voire une idéologie - de la vie. Certains scientifiques - encore qualifiés de dissidents - se sont rendus à l’évidence que la seule approche matérialiste ne peut traduire la réalité du “champ morphique” et informationnel qui contient toute la mémoire, l’hologramme de l’être humain et de l’univers. Nous sommes constitués d'un ensemble de particules, qui s'assemblent pour donner des cellules, des organes, des organismes et, in fine, des humains.
“Il y a dans les êtres organisés, écrivait Antoine Béchamp, quelque chose de plus que la matière, quelque chose de plus même que la forme et la structure”… Aujourd’hui il appartient à la Science d’intégrer une dimension holistique, c'est-à-dire globale, qui prend en compte la totalité de l'approche du Vivant, dans sa réalité double réalité biologique et vibratoire.
