Evoluer spirituellement
De plus en plus nombreux sont les livres
où l’on constate une volonté de partager une
nouvelle vision de la vie et de la mort, où on nous demande de
changer nos comportements tant vis-à-vis de nous-même que
des autres, que de la société et de ses dictats pour la
protection de l’humanité, de la planète et de ses
règnes et de la civilisation elle-même.
Ainsi dans « Le sens du bonheur » (1964/2006), Krishnamurti
nous parle de la véritable culture, « qui est le mouvement
éternel vers la découverte de la vérité, de
Dieu, du bonheur et il dit que si ce mouvement est bloqué par la
tradition, l’autorité ou la peur, c’est la
décadence ».
Pour lui, l’éducation doit nous aider à être
soi-même en permanence, elle là pour préparer
dès l’enfance à comprendre le processus global de
l’existence au sein du grand mystère qu’est la vie,
à cultiver en chacun l’intelligence qui tentera de la
comprendre.
Cette intelligence est la capacité de penser librement, sans
crainte, sans à priori, afin de découvrir par ses propres
moyens ce qui est réel, ce qui est vrai.
Cette intelligence n’est pas le savoir, elle ne s’acquiert
pas, elle est quelque chose de très subtil, sans ancrage
définitif, elle naît avec la connaissance de soi et
l’on ne peut se comprendre que dans notre rapport à
l’univers des êtres, des choses et des idées. Les
humains ont la capacité de penser, mais le plus souvent ils
pensent mal.
La véritable éducation a pour fonction
d’éradiquer en soi et autour de soi la peur qui est
destructrice et d’apprendre « comment » penser, pas
« quoi » penser. L’esprit est perpétuellement
agité, voletant d’une chose à une autre comme un
papillon ; si on l’observe comme en un jeu, celui-ci devient
tranquille, silencieux et on découvre ce qu’est être
joyeux, qui est de se réjouir de tout et de rien, sans aucun
sentiment négatif, de désir de plus, de comparer ou
condamner.
L’esprit est l’instrument de perception, il est ce qui
observe, discerne, apprend sans cesse, transmet des idées,
crée ; il a des désirs, des peurs, il veut toujours
être occupé. Un esprit intelligent est celui qui est
curieux, n’est fermé à rien, ne conclut jamais, il
s’est lavé de tout conditionnement, libéré
du savoir, des idéaux, de toutes les peurs qu’il a
affronté et vaincues par la lucidité ; il est frais,
simple, innocent, et donc dans l’amour.
Il faut comprendre le désir et la pensée qui sont
énergie, une énergie à utiliser dans la bonne
direction, à faire croître, à rendre
indépendante et continue de sorte qu’elle devienne le
mouvement vers la vérité et Dieu. Alors, tel un galet
jeté dans l’eau, elle est sans limites, incommensurable,
elle n’est autre que Dieu.
Dans « Monde de Feu », le Maître Morya dit :
«Vous avez parlé judicieusement de la pensée et de
la connaissance directe. La pensée règne au-dessus de
tous les Samadhis. Plus elle s’élève, plus elle est
puissante. Plus elle est enflammée, plus sa manifestation est
utile. Vraiment, la pensée est toute puissante et sans limites
».
Krisnamurti dit qu’il faut avoir en soi, au plus profond, un
esprit de révolte permanent, un désir ardent de briser
les chaînes qui nous rendent esclaves. Que nous devons être
à l’écoute, être attentifs à tout,
qu’ il faut découvrir ce que l’on aime vraiment et
veut, s’y impliquer de tout son être et en même temps
dans le détachement, qu’il faut se libérer de la
volonté collective, des préjugés, apprendre
à rester seul sans peur et à tenir bon, à faire
ses propres découvertes en confiance, à
décontaminer et à purifier chaque jour son esprit des
poussières du passé et des réminiscences de la
veille, à se dégager de ce que la société
impose, renoncer aux habitudes, éveiller en nous la
coopération, faire face aux soucis, faire abstraction de ce que
disent les autres, se dissocier du collectif, du système, se
libérer des ambitions et de la soif de posséder,
fondements mêmes de la société, voir les choses et
les faits tels qu’ils sont sans juger ou comparer (cela
libère), retrouver le sens du mot « s’amuser »
sans référence aux parents ou aux idéaux , se
libérer du désir de faire du mal ou du bien, transcender
sa peur de la solitude en la regardant en face, en la comprenant,
apprendre à penser par soi-même, avoir l’esprit
frais dans la confiance de l’innocence du petit enfant qui a
l’instinct de coopérer à tout, de se rendre utile
dans la joie et le sentiment d’unité, il faut laisser
l’amour agir en soi et s’exprimer dans la
créativité.
C’est cet esprit que l’on doit éveiller en soi,
ainsi que la force de savoir refuser de coopérer avec les
ambitieux ; car se révolter en restant dans le cadre de la
société, c’est comme une mutinerie dans une prison.
La révolution créatrice, c’est quand
l’individu rompt avec la société et que
l’action n’est pas ambition mais recherche de
vérité. Se libérer de la civilisation, c’est
être libre par rapport à la volonté collective,
aimer ce que l’on fait, être conscient de ce que l’on
croit ou pas, comprendre tout le problème de la
dépendance aux êtres, aux choses, et la réaction
qui doit être dépassée.