Un monde plus sûr, donc plus
heureux ?
Certains de nos
brillants esprits scientifiques cherchent à
tout prix à améliorer notre qualité de
vie, et nombre d’esprits crédules
célèbrent déjà les
progrès accomplis. Certes, notre vie est plus confortable
qu’elle ne l’a jamais été,
mais peut-être serait-il temps d’arrêter
certains ” progrès ” et de revenir en
arrière avant qu’il ne soit trop tard.
L’homme imparfait, créé par la nature,
va être ” amélioré
”, pour son plus grand profit, par nos apprentis sorciers qui
espèrent transformer ce mutant en ” homme bionique
” ou ” cyborg ”. Les premières
prothèses étaient physiques et souvent utiles,
mais elles deviennent à présent des extensions du
cerveau. Les prothèses numériques vont mettre de
nouveaux outils dans les mains de l’homme, et dans quelque
temps, l’ordinateur sera muni d’un
système de reconnaissance de la pensée par une
simple puce électronique. ” L’homme du
futur évolue par extériorisation de fonctions
sous forme de prothèses qui s’interconnectent
” a dit un jour Joeuml;l de Rosnay. Nous aurions
préféré que son évolution
soit plus personnelle et plus spirituelle. Cet homme qu’on
nous promet pour demain, stérilisé,
greffé, constitué de pièces
détachées, transformé grâce
à des puces électroniques qui lui permettront
d’intégrer l’intelligence artificielle,
va-t-il rester longtemps un être humain, avec ses propres
pensées, ses propres choix ?
Tout cela nous incite à regretter ” le bon vieux
temps ”, le temps où nous mangions une nourriture
saine et savoureuse à la fois, ou les enfants ne
s’ennuyaient jamais, n’étaient que
très rarement malades, étaient prudents et
non-violents, et auraient éclaté de rire
à la simple idée d’aller voir un
psychopédagogue. Le temps où les enfants ne
servaient pas de cobayes à l’industrie
pharmaceutiques comme les 49 bébés
décédés en Inde depuis 2006 lors de
tests cliniques de médicaments, sans compter ceux qui ont
subi un sort semblable en d’autres lieux de la
planète, y compris dans des pays qui se
prétendent civilisés.
Un temps où les adultes n’avaient pas davantage
besoin de fréquenter un psychiatre,
n’étaient pas déprimés,
connaissaient leur médecin qui les connaissait encore mieux,
et leur parlait, au lieu de converser avec leur ordinateur sur les
maladies et non les malades.
C’est ce temps de la joie de vivre que nous avons
échangé contre un stress
généralisé, une angoisse effrayante,
la perte de nos valeurs, peut-être de notre âme.
Nombre d’entre nous sont dupes de ce ”
progrès ”, de cette ”
amélioration ” de notre vie quotidienne et
pratiquent la politique de l’autruche au sujet de
l’avenir de l’homme, inconscients des terribles
dangers que font courir à l’humanité
tous les trafics pratiqués par une intelligentsia
scientifique qui navigue entre les intérêts
économiques et l’apprentissage de la sorcellerie.
En cas de malheur, nanti de l’absolution
générale, d’éminents
professeurs nous expliqueront avec des trémolos dans la voix
que les décisions incriminées étaient
justifiées par les ” données actuelles
de la science ”, d’autant qu’à
présent, à la notion de ” responsable
mais pas coupable ” s’est ajoutée celle
de ” coupable mais pas condamnable ”.
Ceux qui ” pensent ” pour nous doivent savoir ce
qu’ils font, a-t-on tendance à croire.
C’est là notre plus grande erreur. Ceux qui
prétendent ” penser ” et ceux qui nous
dirigent - qui ne pensent pas davantage sur le long terme - vivent en
vase clos, loin des plaisirs simples et de la ” vraie vie
”. C’est cette vie-là que nous devrions
retrouver, au risque de perdre notre personnalité et
même notre âme.
Sylvie SIMON
(Tous droits
réservés Univers-Spirale © –
Automne 2008)