Pour en finir avec la grippe aviaire
Alors que les laboratoires nous rebattent les oreilles avec la recherche d'un vaccin, c'est la nature qui a trouvé le meilleur vaccin contre la "pandémie". Du jour au lendemain, le spectre de la menace mondiale et des millions de morts prévus a disparu grâce à la descente des jeunes dans les rues pour protester contre le CPE.

Depuis plus de trois mois, rien n'avait pu arrêter l'hystérie déclenchée par un battage médiatique sans précédent qui a eu l'avantage de faire monter vertigineusement les actions de quelques multinationales pharmaceutiques. Le CPE a eu, au moins, le mérite de faire cesser cet incessant lavage de cerveau.

Espérons que notre gouvernement va profiter de cette accalmie pour se poser les bonnes questions sur la manière dont les fermes industrielles et leurs sous-produits propagent le virus et qu'il comprendra que pour protéger la volaille et les hommes contre la grippe aviaire, ils doivent les protéger contre l'industrie avicole mondiale.

En effet, d'après Devlin Kuyek, du GRAIN, à Montréal, une ONG dont le but est de promouvoir la gestion et l'utilisation durables de la biodiversité agricole, l'expansion de la production avicole industrielle et des réseaux commerciaux a créé les conditions idéales pour l'apparition et la transmission de virus mortels comme la souche H5N1 de la grippe aviaire. Une fois qu'ils ont pénétré dans les élevages industriels surpeuplés, les virus peuvent rapidement devenir mortels et se développer. À partir des fermes infectées, les réseaux d'échanges commerciaux répandent la maladie par les nombreux transports d'oiseaux vivants, de viande, d'oeufs, de plumes, de fumier de volaille et d'alimentation animale.

" Tout le monde se focalise sur les oiseaux migrateurs et les poulets de basse-cour comme étant le problème, mais ils ne sont pas les vecteurs effectifs de la forme fortement pathogène de la grippe aviaire. Le virus les tue, mais il est peu probable que ce soit eux qui le propagent.", signale Devlin Kuyek.

Des formes virulentes et bénignes de grippe aviaire ont toujours existé sans qu'apparaissent de grosses épidémies, mais la situation a changé depuis l'augmentation démentielle des fermes industrielles à travers le monde, particulièrement dans certains pays d'Orient, comme la Chine, la Thaïlande ou le Vietnam.

En France, la première et seule manifestation significative de contamination de volaille domestique s'est déclarée dans un gros élevage industriel de dindes en France, où les 11 000 volatiles étaient confinés, totalement séparés des oiseaux sauvages.

Birdlife International estime aussi que les oiseaux sauvages jouent le rôle de boucs émissaires. La propagation du virus H5N1 n'a pas suivi une route migratoire aviaire, mais le tracé de la progression du virus correspond à la principale route commerciale entre l'Extrême-Orient et l'Europe, ce qui confirmerait que ce sont des transports de marchandises qui sont à l'origine de la propagation. Aucun oiseau capturé lors des contrôles sur plusieurs dizaines de milliers d'oiseaux migrateurs prélevés parmi les espèces les plus sensibles n'a été déclaré porteur du virus. De plus, de nombreux scientifiques affirment que, étant donnée la violence du virus H5N1, aucun oiseau porteur ne pourrait avoir la force suffisante pour entamer une migration. Les oiseaux malades savent qu'ils ne peuvent entreprendre un pareil voyage. Pour les protecteurs des oiseaux sauvages, comme pour toute l'humanité, il est donc impératif de mettre un terme à cette désinformation qui nuit gravement à la faune sauvage.

Sylvie SIMON

(Tous droits réservés Univers-Spirale © – Eté 2006)

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